À la Butte Rouge, les arbres ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils font partie de l’identité de la cité-jardin, abritent une biodiversité réelle et jouent un rôle essentiel dans la lutte contre les fortes chaleurs. Les études environnementales réalisées pour le projet de rénovation reconnaissent elles-mêmes l’importance de ce patrimoine vivant. Pourquoi faut-il donc le préserver ?

Un patrimoine arboré au cœur de la Cité-Jardin

À la Butte Rouge, les logements s’inscrivent dans un paysage largement végétalisé, où arbres, jardins et espaces de pleine terre participent pleinement à l’identité de la Cité-Jardin.
Allée Lucien Herr

La Butte Rouge est connue pour son architecture et son organisation urbaine. Mais son patrimoine ne se limite pas aux bâtiments.

Les arbres, les pelouses et les jardins constituent une composante essentielle de la cité-jardin.

Cette volonté de préserver le paysage et les arbres est également rappelée par une plaque commémorative en hommage à Henri Sellier, présente dans la Butte-Rouge.

Elle rappelle le rôle de l’administrateur délégué de l’Office d’Habitations de la Seine dans la conception de l’ensemble :

« Henri Sellier a sauvegardé la beauté du site, empêché la destruction des arbres que l’esprit de lucre eût rendu inévitable. Il a assuré à des milliers de familles de travailleurs des logements sains, confortables et gais. »

Cette inscription montre que, dans la mémoire même de la Cité-Jardin, la préservation des arbres et la qualité du site étaient liées à la conception du projet de logement social.

Les arbres n’étaient donc pas un élément ajouté après coup. Ils faisaient partie de la conception du lieu et de l’idée même que ses concepteurs se faisaient d’un habitat sain et agréable.

Plaque commémorative en hommage à Henri Sellier, place Henri Sellier à Châtenay-Malabry
Crédit photo : ACPE

Le diagnostic environnemental souligne d’ailleurs que « les arbres, les pelouses et les jardins sont parties constituantes de la Butte Rouge à l’image d’un parc ».

Le même diagnostic est particulièrement clair sur l’importance du patrimoine arboré : « La conservation du patrimoine arboré est un enjeu majeur pour l’environnement de la Cité-Jardin. »

Les arbres constituent un élément fort du projet architectural initial. Ils participent à l’insertion de la Cité-Jardin dans le paysage du plateau et de la vallée et contribuent à donner à la Butte Rouge cette impression de cité au cœur de la forêt.

Le site était en partie couvert de forêt avant la construction de la Cité-Jardin, tandis que d’autres secteurs étaient constitués d’espaces agricoles et bocagers. Les arbres les plus âgés de la cité sont antérieurs à sa construction. Aux arbres forestiers préexistants, notamment les chênes, sont venues s’ajouter les plantations réalisées au fil du temps.

Aujourd’hui, le patrimoine arboré est constitué essentiellement d’arbres feuillus de haute tige, adultes ou à maturité. Les chênes et les châtaigniers figurent parmi les essences forestières dominantes.

Mais l’intérêt de cet ensemble ne tient pas seulement à chaque arbre pris individuellement. C’est l’ensemble des arbres qui crée l’impression paysagère d’une cité au sein de la forêt.

Ce patrimoine vivant joue également un rôle essentiel pour la biodiversité et contribue à l’articulation paysagère et écologique avec la forêt de Verrières voisine.

📌 Source
Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92) — Alisea, avril 2020, § 4.6 « Patrimoine arboré », p. 68 et suivantes.

Des arbres anciens qui racontent aussi l’histoire de la Butte Rouge

Source : Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92), avril 2020, figure 41, p. 71.
Les îlots de vieux chênes dans la Cité-Jardin de la Butte Rouge.
Source : Alisea, Diagnostic environnemental, avril 2020, figure 41, p. 71.

Avant même la construction de la Cité-Jardin, le site était en partie couvert de forêt et, dans d’autres secteurs, d’espaces agricoles « bocagers », avec leurs arbres et leurs arbustes.

Certains arbres présents aujourd’hui sont donc antérieurs à la construction de la Cité-Jardin.

Aux arbres forestiers préexistants, notamment les chênes, se sont ajoutées les plantations réalisées au fil des différentes phases de construction et d’aménagement.

Le patrimoine arboré actuel est ainsi le résultat d’une histoire qui s’étend sur plusieurs générations.

Il ne s’agit donc pas simplement d’espaces verts accompagnant les immeubles : les arbres participent à la mémoire du site et à la perception de la Cité-Jardin comme un ensemble paysager.

📌 Source
Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92) — Alisea, avril 2020, § 4.6 « Patrimoine arboré », p. 68 et suivantes.
Fichier : 1949_Rapport_Butte_Rouge_200403 V2.pdf

Les vieux arbres sont aussi des habitats pour la biodiversité

Arbres gîtes potentiels pour les chiroptères identifiés lors des inventaires

Un arbre ancien n’est pas seulement un arbre plus grand qu’un autre.

Avec l’âge apparaissent des cavités, des fissures, des branches mortes ou des écorces décollées qui peuvent offrir des possibilités d’abri à différentes espèces.

L’étude écologique souligne notamment l’importance des vieux arbres pour l’accueil de la faune. Les vieux chênes constituent ainsi des supports importants pour la biodiversité locale.

Les inventaires ont également identifié des arbres présentant des gîtes potentiels pour les chiroptères, c’est-à-dire les chauves-souris.

Ces arbres peuvent notamment présenter des cavités ou des écorces décollées susceptibles d’être utilisées comme abris.

Les arbres anciens ne sont donc pas seulement remarquables par leur âge ou leur taille : ils peuvent constituer de véritables habitats pour la faune.

📌 Sources :
Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92), avril 2020, § 4.6 « Patrimoine arboré ».
2_6_3_Annexe_3_Etude_ecologique.pdf, Figure 29 « Arbres gîtes potentiels », p. 28 — pièce du dossier de l’enquête environnementale.

Une biodiversité bien réelle

Avifaune remarquable recensée au sein du périmètre d’étude en période de nidification.
Source : Evinerude, 2023, Figure 28, p. 27.

La biodiversité de la Butte Rouge n’est pas théorique.

Les inventaires réalisés dans le cadre de l’étude écologique ont recensé 206 espèces végétales dans le périmètre étudié.

Du côté de la faune, 29 espèces d’oiseaux ont été recensées en période de nidification, dont 20 espèces protégées. L’étude identifie notamment plusieurs espèces remarquables.

Le Pic mar a également été recensé en période d’hivernage. L’étude souligne l’importance des vieux arbres, notamment des chênaies, pour cette espèce.

Le Hérisson d’Europe, espèce protégée, a également été identifié.

Enfin, trois espèces de chauves-souris ont été recensées : la Pipistrelle commune, la Pipistrelle de Kuhl et la Pipistrelle de Nathusius.

Ces espèces utilisent les différents milieux présents dans la Cité-Jardin : grands arbres, bosquets, jardins, haies, pelouses et autres espaces végétalisés.

C’est cette diversité et cette complémentarité des milieux qui contribuent à la richesse écologique de la Butte Rouge.

📌 Sources :
2_6_3_Annexe_3_Etude_ecologique.pdf, Figure 27 « Avifaune remarquable recensée au sein du périmètre d’étude en période de nidification (Evinerude 2023) », p. 28 — pièce du dossier de l’enquête environnementale.

La Butte Rouge est aussi un îlot de fraîcheur

La valeur des arbres ne concerne pas uniquement la biodiversité.

Elle concerne directement les habitants.

Le patrimoine végétal de la Cité-Jardin participe à son microclimat. La présence importante d’arbres contribue à atténuer les variations de température et à produire de la fraîcheur en été.

Les arbres, la végétation et les sols de pleine terre jouent ainsi un rôle dans la régulation des températures et le maintien de conditions plus fraîches pendant les périodes chaudes.

Ce rôle est suffisamment important pour avoir été relevé par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe).

Dans sa recommandation n°12, la MRAe demande de démontrer que le projet ne réduit pas l’effet d’îlot de fraîcheur constitué par la végétation et la nature des sols de pleine terre.

Dans sa réponse, Hauts-de-Bièvre Habitat reconnaît explicitement le rôle de « climatiseur naturel » joué par le paysage de la Cité-Jardin.

Il indique vouloir renforcer ce rôle notamment par l’augmentation des surfaces de pleine terre, le renouvellement de la canopée, la création de zones humides, le développement d’une strate arbustive et la limitation des surfaces bétonnées.

À l’heure où de nombreuses villes cherchent à créer des îlots de fraîcheur, la Butte Rouge possède déjà un patrimoine végétal qui joue ce rôle.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’arbres seront replantés demain.

La question est aussi de savoir combien d’arbres adultes pourront continuer à jouer ce rôle aujourd’hui.

📌 Sources :
Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92), avril 2020, partie « 4.7 Climatologie ».
Hauts-de-Bièvre Habitat, Mémoire en réponse à l’avis de la MRAe, recommandation n°12, p. 89. — pièce du dossier de l’enquête environnementale.

Habiter dans un parc arboré, c’est aussi une qualité de vie

La végétation n’est pas uniquement utile aux espèces animales.

Elle bénéficie directement aux habitants.

À la Butte Rouge, les arbres, les pelouses et les jardins ne sont pas des espaces verts ajoutés autour des logements : ils font partie de la conception même de la Cité-Jardin.

Le diagnostic environnemental souligne que « les arbres, les pelouses et les jardins sont parties constituantes de la Butte Rouge à l’image d’un parc ». Il décrit également les arbres comme un élément unificateur de la Cité-Jardin.

Cette organisation offre aux habitants un environnement où les espaces végétalisés sont directement associés aux logements.

La Butte Rouge possède ainsi une qualité particulière : la nature n’est pas séparée de l’habitat ; elle participe à son cadre de vie.

C’est l’un des principes fondamentaux de la cité-jardin : concevoir l’habitat en relation étroite avec les jardins, les arbres et les espaces ouverts, plutôt que de simplement ajouter quelques plantations autour des bâtiments.

📌 Sources :
Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92), rapport final, avril 2020, § 4.6 « Patrimoine arboré », p. 68 et suivantes.

Le parc Léonard de Vinci : un exemple concret

Vue de la cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry montrant les immeubles intégrés dans un paysage arboré.
La Butte Rouge associe architecture, nature en ville et logement social depuis près d’un siècle.

Le parc Léonard de Vinci, situé derrière la demi-lune, constitue un espace vert majeur de la Cité-Jardin. Sa superficie est de 17 041 m², soit environ 1,7 hectare, et il appartient à la Ville.

Un diagnostic phytosanitaire réalisé en 2024 a porté sur 77 arbres.

Son état sanitaire apparaît globalement favorable :

  • 56 arbres, soit environ 73 %, sont classés en bon état sanitaire ;
  • 20 arbres sont classés dans un état moyen ;
  • 1 seul arbre est classé dans un état mauvais.

Ces résultats montrent que le patrimoine arboré du parc doit être considéré arbre par arbre, en fonction de l’état sanitaire et des besoins d’intervention de chacun.

Le diagnostic ne conduit donc pas à considérer l’ensemble du patrimoine arboré comme devant être supprimé. Il permet au contraire d’identifier les interventions adaptées : taille, surveillance, contrôles et examens complémentaires lorsque cela est nécessaire.

📌 Sources :
Diagnostic phytosanitaire du parc Léonard de Vinci, 2024.

Le temps de l’arbre n’est pas celui du chantier

Préserver le patrimoine arboré ne signifie évidemment pas conserver chaque arbre quelles que soient sa situation ou son état sanitaire.

Certains arbres peuvent être fragilisés, dépérissants ou présenter des risques nécessitant des interventions. Le diagnostic environnemental recommande d’ailleurs un suivi attentif du patrimoine arboré et envisage un renouvellement progressif des arbres les plus anciens ou les plus dégradés.

Mais cette logique de renouvellement progressif est très différente d’une suppression d’arbres adultes suivie de nouvelles plantations.

Un arbre nouvellement planté ne peut pas immédiatement fournir la même ombre, la même canopée, les mêmes capacités d’accueil pour la faune et le même rôle dans le paysage qu’un arbre qui a grandi pendant plusieurs décennies.

Le temps de l’arbre n’est pas celui du chantier.

Préserver les arbres adultes lorsqu’ils peuvent l’être, assurer leur suivi et préparer progressivement leur renouvellement permet donc de maintenir une continuité du patrimoine arboré.

C’est particulièrement important dans une cité-jardin où les arbres, les pelouses et les jardins ne constituent pas un simple décor autour des bâtiments : ils participent à la structure même du quartier.

📌 Sources :
Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92), avril 2020, § 4.6 « Patrimoine arboré », notamment les passages consacrés au suivi et au renouvellement du patrimoine arboré.

Préserver les arbres, c’est préserver une partie de la Butte Rouge

La Butte Rouge n’est pas seulement un ensemble de bâtiments entourés de quelques espaces verts.

Son paysage repose sur une relation étroite entre l’architecture, les arbres, les jardins, les espaces de pleine terre et les habitants.

Les études environnementales montrent que ce patrimoine joue plusieurs rôles à la fois : il participe à l’identité paysagère de la Cité-Jardin, accueille une biodiversité importante, contribue à la fraîcheur du quartier et participe directement au cadre de vie des habitants.

Préserver la Butte Rouge, ce n’est donc pas seulement préserver des bâtiments.

C’est aussi préserver un paysage vivant, constitué d’arbres adultes, de jardins, de pleine terre et d’une biodiversité qui s’est développée au fil des décennies.

Lorsqu’un arbre adulte peut être conservé, la question mérite donc d’être posée avant de décider son abattage :

Pourquoi remplacer ce qui existe déjà, plutôt que construire et aménager autour de ce patrimoine vivant ?