Le 9 septembre 2026, Libération a publié une tribune consacrée à l’avenir de la cité-jardin de la Butte-Rouge. Signée par un collectif de résidents, d’associations, d’architectes, d’urbanistes, de paysagistes, de chercheurs et de citoyens, elle appelle à mettre fin aux projets de démolition et à privilégier la réhabilitation de cet ensemble exceptionnel.
Une tribune largement soutenue
La cité-jardin de la Butte-Rouge fait depuis plusieurs années l’objet de projets de transformation qui prévoient notamment la démolition d’une partie de ses bâtiments.
Dans cette tribune publiée par Libération, un collectif réunissant habitants, associations, architectes, urbanistes, paysagistes, chercheurs et citoyens défend une autre voie : préserver et réhabiliter la Butte-Rouge plutôt que la démolir.
Les signataires rappellent que la valeur de la cité-jardin ne tient pas seulement à ses bâtiments pris individuellement, mais à la cohérence de son ensemble urbain, architectural, paysager, environnemental et social.
Ils appellent les pouvoirs publics à tirer toutes les conséquences de cette valeur patrimoniale et à garantir la préservation de son intégrité.
Cité-jardin de la Butte-Rouge : ne démolissons pas ce que nous ne savons plus construire
La cité-jardin de la Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry, est l’une des réalisations sociales, urbanistiques, architecturales et paysagères les plus abouties du XXe siècle français. Les projets de démolition qui la menacent constituent une erreur sociale, patrimoniale, écologique et climatique, à rebours des défis du XXIe siècle. Nous — résidents, associations, architectes, urbanistes, paysagistes, chercheurs, citoyens — appelons à sa protection et à sa réhabilitation.
Il existe, au sud de Paris, un lieu que l’Europe entière nous envie. Édifiée à partir de 1931 sur plus de trente ans par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutté, André Arfvidson, Paul Sirvin et le paysagiste André Riousse, la Butte-Rouge est l’une des tentatives les plus abouties pour réconcilier l’habitat collectif, la dignité humaine et l’environnement naturel. Ses allées plantées, ses îlots ouverts sur de vastes espaces verts, ses jardins partagés, ses façades sobres et généreuses : tout fut pensé pour que les plus modestes habitent la beauté.
Aujourd’hui, des projets de démolition menacent ce patrimoine. Au nom de la densification et d’une idéologie du renouvellement urbain, la ville et l’ANRU envisagent de raser ce que des générations ont construit avec soin, ce que des milliers de familles ont habité avec attachement, ce que des spécialistes du monde entier viennent encore étudier comme un modèle.
Nous dénonçons cette logique destructrice. Non par nostalgie ni par conservatisme, mais parce que la démolition serait ici une grave erreur sociale, historique, culturelle et écologique, et parce que notre société souffre d’un manque criant de logements accessibles. Ce projet est « une honte pour la France », comme l’ont écrit en 2021 des architectes de renom dans une lettre à Roselyne Bachelot, alors ministre de la Culture.
Sociale d’abord
Les habitants de la Butte-Rouge n’ont jamais demandé à partir et n’imaginent pas leur avenir ailleurs. Leur unique désir est que leurs logements soient réhabilités, valorisés et entretenus, que les paysages de leur cité soient préservés, et que la communauté qui y vit depuis des décennies retrouve sa sérénité. La démolition-reconstruction n’est pas une politique du logement : c’est une politique qui brise des quartiers populaires pour en recomposer d’autres où les plus modestes et les plus fragiles n’ont plus leur place.
Culturelle ensuite
La Butte-Rouge est une œuvre vivante majeure de l’histoire sociale et architecturale française. Elle témoigne d’une époque où l’État et les collectivités investissaient dans des projets urbains de qualité, portés par des ambitions à la fois esthétiques et sociales. Détruire ce patrimoine, ce serait effacer la mémoire d’un lieu irremplaçable et enterrer cette idée noble que l’architecture et le paysage doivent offrir aux plus modestes la même beauté qu’aux plus riches. Ce serait abîmer cette utopie réalisée d’une harmonie des hommes avec leur environnement.
Écologique enfin
Chaque bâtiment existant contient déjà des milliers de tonnes de matériaux, d’énergie et de carbone investis lors de sa construction. Détruire des immeubles en bon état et réparables pour les remplacer par du neuf reviendrait à effacer ce capital matériel et climatique pour repartir de zéro. Or, à l’heure où réduire les émissions de carbone doit devenir une priorité absolue, la réhabilitation doit être la règle et la démolition l’exception. Avec ses espaces verts généreux et sa densité mesurée, la Butte-Rouge offre précisément le modèle d’urbanité sobre et bioclimatique que notre époque appelle de ses vœux.
Rénover sans sacrifier
Nous ne nions pas que des travaux sont nécessaires. Isolation thermique, mise aux normes d’accessibilité, rénovation des réseaux, modernisation des équipements : toutes ces interventions sont légitimes et urgentes. Mais elles peuvent et doivent être conduites sans démolition. D’autres villes européennes — en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche — ont montré qu’il est possible de rénover en profondeur des ensembles d’architecture moderne sans les sacrifier. La France peut et doit faire de même.
Aussi, nous appelons les pouvoirs publics — le gouvernement, l’État, la Région Île-de-France, la Métropole du Grand Paris, le Département des Hauts-de-Seine, la commune de Châtenay-Malabry — à interdire toute démolition à la Butte-Rouge. Nous demandons que l’État tire toutes les conséquences de sa valeur patrimoniale nationale exceptionnelle et garantisse à ses habitants, par des mesures de protection effectives, la préservation de son intégrité urbaine, architecturale, paysagère, environnementale et sociale. On ne maltraite pas un ensemble unique en Europe. Nous exigeons en outre que les habitants soient associés à chaque décision concernant leur cadre de vie.
La Butte-Rouge n’est pas un problème à résoudre : c’est une solution à préserver. Elle nous rappelle que l’on peut construire du logement social avec cœur, faire la ville avec générosité, penser l’espace collectif comme un bien commun. À l’heure où urbanistes, architectes, paysagistes et responsables publics cherchent des modèles capables de répondre aux défis environnementaux et sociaux de notre époque, il serait paradoxal de détruire l’un des rares ensembles français qui incarne, depuis près d’un siècle, l’urbanisme comme bien commun en harmonie avec la nature.
Ne démolissons pas ce que nous ne savons plus construire. Prenons-en soin.
Les premiers signataires
DAL – Association Droit Au Logement
CNL – Confédération Nationale du Logement
CONSTRUIRE – Revue d’architecture, urbanisme, paysage
FSU – Fédération Syndicale Unitaire
Solidaires Île-de-France
La CSF – Confédération Syndicale des Familles
Docomomo – Groupe de travail français pour la documentation et la conservation de l’architecture, de l’urbanisme et des paysages du mouvement moderne
Association Châtenay Patrimoine Environnement
Association Sauvons la Butte-Rouge
Stop aux démolitions – Collectif national Stop aux démolitions ANRU
ICOMOS – International Council on Monuments and Sites
FFP – Fédération Française du Paysage
Association des Rives de Seine
Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de Seine-et-Marne
Collectif pour Candilis-Toulouse
Association Prix national d’Art Urbain
IFMA-France – Association pour la promotion et le développement de l’architecture organique
Volubilis
Frugalité heureuse et créative
ATTAC
Voir les architectes, chercheurs, paysagistes et personnalités signataires
Michel Cantal-Dupart Architecte urbaniste Jean Nouvel Architecte urbaniste, prix Pritzker Anne Lacaton et Jean-
Philippe Vassal Architectes urbanistes, prix Pritzker Alain Bornarel Coinitiateur du Manifeste pour une frugalité heureuse et
créative Emmanuel Bellanger Directeur de recherches CNRS et du Centre d’histoire sociale du monde contemporain Yves
Bélorgey Peintre, Ensa Paris-Malaquais Stéphanie de Courtois Icomos, historienne des jardins ENS d’architecture de Versailles
Jennifer Didelon Architecte du patrimoine Béatrice Julien-Labruyère Paysagiste conceptrice, présidente Ile-de-France
Fédération française du paysage Bernard Landau Architecte Voyer honoraire, président association La Seine n’est pas à vendre
Florence Mercier Paysagiste urbaniste, paysagiste-conseil de l’Etat Philippe Prost Architecte, Ensa Paris-Belleville Gwenaële
Querrien Architecte urbaniste, Association La Seine n’est pas à vendre Claire Schorter Architecte urbaniste, architecte Conseil
de l’Etat, Grand Prix d’urbanisme Louis Sirvin Architecte Marc Sirvin Architecte du patrimoine Paola Vigano Architecte Léa Hobson Architecte, scénographe, et autrice Patrick de Jean Architecte Simon Texier Professeur des universités (université
de Picardie Jules-Verne), secrétaire général de la Commission du Vieux Paris Gilles Clément Jardinier, paysagiste, botaniste,
entomologiste, biologiste et écrivain, Grand Prix du paysage 1998 Francis Soler Architecte Ariella Masboungi Architecte
urbaniste Christine Leconte Architecte, directrice Ensa Paris-Belleville Pablo Katz Architecte-urbaniste, ancien-président de
l’Académie d’architecture et de la Société française des architectes (SFA), architecte Consultant de la MIQCP Pieter Uyttenhove
Professeur émérite, conservateur de l’Académie d’architecture Pierre Veltz Grand Prix de l’urbanisme 2017 Frédéric Bonnet
Grand Prix de l’urbanisme 2014 Dominque Jacob, Brendan Malfarlane Architectes urbanistes Frédéric Borel Architecte,
Grand Prix national de l’architecture 2011 Odile Decq Architecte urbaniste, Confluence Institute for Innovation and Creative
Strategies in Architecture…
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La tribune a été publiée dans la rubrique « Idées et Débats » de Libération le 9 septembre 2026.
Elle est signée par un collectif de résidents, d’associations, d’architectes, d’urbanistes, de paysagistes, de chercheurs et de citoyens.
Lire la publication originale sur le site de Libération.

