Une ville plus verte, plus apaisée et plus humaine, où architecture et paysage forment un tout cohérent.

La Butte Rouge n’est pas seulement un quartier à préserver. Elle constitue aussi une manière particulière de penser la ville.

Lorsqu’elle a été conçue, il ne s’agissait pas simplement de construire des logements. Il s’agissait de créer un véritable quartier, en associant l’habitat, les espaces verts, les équipements, les cheminements et les lieux de vie.

Près d’un siècle plus tard, cette approche reste étonnamment actuelle.

À l’heure où les villes cherchent à lutter contre le changement climatique, à préserver la nature et à améliorer le cadre de vie, la Butte Rouge montre qu’une autre manière de faire évoluer un quartier est possible : partir de l’existant plutôt que considérer qu’il faut repartir de zéro.

Faire la ville avec ce qui existe déjà

Transformer un quartier ne signifie pas nécessairement le reconstruire.

Un quartier possède déjà une histoire, des bâtiments, des rues, des arbres, des jardins, des équipements et des usages. Tous ces éléments constituent une ressource sur laquelle il est possible de s’appuyer.

La Butte Rouge en offre un exemple particulièrement intéressant.

Son organisation urbaine, ses bâtiments et son paysage forment un ensemble cohérent. Les immeubles sont implantés dans un environnement largement végétalisé, les rues et les cheminements accompagnent la topographie et les espaces ouverts participent à la qualité du quartier.

Faire évoluer la Butte Rouge peut donc consister à améliorer ce qui existe déjà, plutôt qu’à remplacer systématiquement l’existant.

La Butte Rouge : un quartier où bâtiments, espaces végétalisés et cheminements forment un ensemble cohérent.

Une ville où le végétal n’est pas un décor

À la Butte Rouge, les arbres et les espaces verts ne sont pas venus agrémenter un quartier construit indépendamment de son environnement.

Ils participent dès le début à sa conception et à son identité.

Les pelouses, les jardins, les arbres adultes et les espaces de pleine terre forment un ensemble qui donne à la cité-jardin son caractère particulier. Le diagnostic patrimonial de 2015 souligne la relation étroite entre le bâti et le paysage.

Cette présence végétale joue aujourd’hui un rôle encore plus important. Elle contribue au confort des habitants, à la biodiversité et à l’adaptation du quartier aux fortes chaleurs. Elle participe également à la qualité des espaces de vie et à la perception même du quartier.

Une ville plus verte ne consiste donc pas seulement à planter davantage d’arbres : elle consiste aussi à préserver les structures végétales existantes et à leur donner une véritable place dans le projet urbain.

Cette question est particulièrement importante dans un contexte de changement climatique, où les espaces de pleine terre et les arbres adultes constituent des ressources que l’on ne peut pas recréer instantanément.

Les bâtiments de la cité-jardin s’inscrivent dans un environnement largement végétalisé, où les arbres, les jardins et les cheminements participent au cadre de vie.

Une ville plus apaisée

La Butte Rouge offre également une autre manière d’organiser les relations entre les bâtiments, les rues et les espaces de vie.

Les bâtiments ne sont pas disposés uniquement selon une logique de rendement foncier. Les espaces entre les constructions, les jardins, les cheminements et les perspectives participent à l’organisation du quartier.

Cette disposition crée des espaces à différentes échelles : les logements, les immeubles, les jardins, les rues, les équipements et les espaces collectifs.

Elle contribue à une forme de respiration urbaine.

L’apaisement d’un quartier ne dépend donc pas uniquement de la circulation automobile ou de la largeur des voiries. Il dépend aussi de la manière dont les bâtiments sont implantés, de la place laissée aux piétons, de la présence de végétation et de la qualité des espaces communs.

La Butte Rouge montre qu’une certaine densité de logements peut être associée à des espaces ouverts et végétalisés.

Une ville à taille humaine

La qualité d’un quartier ne se mesure pas seulement au nombre de logements qu’il peut accueillir.

Elle se mesure aussi à la manière dont les habitants peuvent y vivre.

Habiter un quartier, c’est pouvoir sortir de son logement, traverser un espace vert, rencontrer ses voisins, rejoindre un équipement ou un commerce, accompagner un enfant à l’école, se déplacer à pied et trouver des espaces où l’on peut simplement s’arrêter.

La conception de la Butte Rouge associe ainsi logements, équipements, espaces collectifs, jardins et cheminements.

Cette organisation contribue à une échelle urbaine particulière, dans laquelle l’habitat collectif est associé à des espaces extérieurs largement végétalisés.

La ville à taille humaine n’est pas une ville sans densité. C’est une ville où la densité reste compatible avec la qualité du cadre de vie.

Préserver ne signifie pas figer

Préserver la Butte Rouge ne signifie évidemment pas conserver chaque bâtiment ou chaque espace exactement dans son état actuel.

Un quartier habité doit pouvoir évoluer.

Les logements doivent être entretenus et adaptés, comme partout ailleurs. Les équipements doivent répondre aux besoins contemporains. Les espaces publics peuvent être améliorés. Les performances énergétiques peuvent être renforcées.

Certaines constructions peuvent également devoir évoluer lorsque cela est réellement nécessaire.

Mais faire évoluer un quartier ne signifie pas nécessairement effacer ce qui existe pour le remplacer.

La question devrait plutôt être posée différemment : que devons-nous conserver, que devons-nous améliorer et que devons-nous éventuellement transformer pour répondre aux besoins d’aujourd’hui sans perdre les qualités du quartier ?

Cette démarche suppose de regarder l’existant non comme un obstacle, mais comme une ressource.

Préserver, c’est aussi transmettre. La Butte Rouge constitue un témoignage de l’histoire du logement social et d’une manière de concevoir la ville qui mérite de pouvoir être comprise et étudiée par les générations futures. La transmission patrimoniale ne concerne pas seulement les bâtiments remarquables : elle porte aussi sur l’organisation du quartier, ses espaces paysagers, ses formes urbaines et les liens qui les unissent.

Respecter les habitants et leur histoire

Un quartier n’est toutefois pas seulement constitué de bâtiments et d’espaces publics : il est aussi fait de ceux qui y vivent.

À la Butte Rouge, des générations d’habitants ont construit leur vie dans ce cadre. Les logements, les immeubles, les jardins, les cheminements et les équipements font partie de leur environnement quotidien.

La transformation du quartier doit donc prendre en compte les habitants, leurs usages, leurs habitudes et leur attachement aux lieux où ils vivent.

Respecter les habitants, ce n’est pas refuser toute évolution. C’est considérer que l’amélioration du quartier doit aussi préserver autant que possible ses repères, ses qualités de vie et son identité.

Préserver la Butte Rouge, c’est aussi respecter ceux qui y vivent aujourd’hui et permettre à ceux qui y vivront demain de bénéficier des qualités de ce quartier.

Il s’agit de transmettre un patrimoine vivant, et non de conserver un décor.

Escalier d’un bâtiment de la Butte Rouge, avec sa grande baie vitrée donnant sur les espaces végétalisés.

Construire lorsque c’est nécessaire, préserver lorsque c’est possible

La construction neuve peut naturellement avoir sa place dans une ville qui évolue.

Elle peut répondre à des besoins nouveaux, compléter un quartier ou permettre la réalisation de programmes qui ne peuvent pas être satisfaits autrement.

Mais elle ne devrait pas conduire à considérer la démolition ou la transformation profonde de bâtiments existants comme une étape normale de la modernisation d’un quartier.

À la Butte Rouge, les interventions devraient être appréciées à l’échelle de l’ensemble du quartier, en tenant compte à la fois des bâtiments, de leur implantation, des espaces qui les entourent, des arbres et des jardins, ainsi que des usages et des relations entre ces différents éléments.

Cette approche permettrait de rechercher un équilibre entre plusieurs objectifs : améliorer les logements ; répondre aux besoins des habitants ; préserver les arbres et les espaces de pleine terre ; réduire l’empreinte carbone des travaux ; préserver les qualités architecturales et urbaines ; et répondre aux besoins nouveaux lorsque ceux-ci sont réellement démontrés.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre le passé et l’avenir, mais de préparer l’avenir à partir de ce qui mérite d’être conservé.

La Butte Rouge comme laboratoire de la ville de demain

La Butte Rouge possède aujourd’hui quelque chose que les projets urbains contemporains cherchent souvent à recréer : un quartier où le logement collectif, les arbres, les jardins, les espaces publics et les équipements sont étroitement associés.

Cela ne signifie pas que tout y est parfait.

Mais son existence permet d’observer concrètement les effets d’une conception urbaine qui accordait une place importante à la lumière, à l’air, à la végétation, aux espaces ouverts et aux conditions de vie des habitants.

Près d’un siècle après ses premières constructions, certains de ces principes sont devenus des objectifs majeurs de la ville contemporaine.

Pourquoi ne pas chercher à améliorer ce modèle plutôt qu’à le remplacer ?

La Butte Rouge pourrait ainsi devenir un véritable laboratoire de la transformation écologique du patrimoine habité : un quartier où l’on démontre qu’il est possible d’améliorer les logements, de réduire les consommations, de préserver la biodiversité et d’adapter la ville au changement climatique tout en conservant son identité.

Une autre manière de faire la ville

Préserver la Butte Rouge n’est donc pas seulement une question de patrimoine.

Ce n’est pas non plus refuser toute évolution.

C’est défendre une certaine manière de faire évoluer un quartier existant : une démarche qui commence par regarder ce qui existe, qui cherche à en comprendre les qualités et qui ne détruit ou ne transforme profondément que lorsque cela est réellement nécessaire.

Un quartier plus vert, parce qu’il préserve ses arbres, ses jardins et ses sols.

Un quartier plus apaisé, parce qu’il accorde une place importante aux espaces ouverts, aux cheminements et aux usages quotidiens.

Un quartier plus humain, parce qu’il considère le logement comme un lieu de vie et le quartier comme un ensemble.

Un quartier où il fait bon vivre, parce que la qualité du cadre de vie et les besoins des habitants sont considérés comme des objectifs à part entière.

Un quartier plus sobre, parce qu’il ne considère pas la démolition et la reconstruction comme les seules réponses possibles.

La Butte Rouge montre ainsi qu’il est possible de faire évoluer un quartier sans effacer ce qui fait sa qualité.

Il ne s’agit pas de regarder vers le passé. Il s’agit de regarder ce que cette expérience peut encore nous apprendre pour imaginer les quartiers de demain.


SOURCES

BDAP, Étude du patrimoine bâti, urbain et paysager de la cité-jardin de la Butte-Rouge et des Vaux Germains, 2015.

Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, avril 2020.

Franck Boutté Consultants, La Butte Rouge – Des émissions carbone de l’énergie et de la construction des immeubles de logement, notice carbone du plan-guide, 28 avril 2023.