La Butte Rouge n’est pas seulement un ensemble de logements sociaux. Conçue progressivement à partir de 1931, elle constitue un ensemble urbain, architectural et paysager remarquable, dont la cohérence demeure lisible près d’un siècle plus tard.
En 2015, une étude approfondie consacrée au patrimoine bâti, urbain et paysager de la cité-jardin de la Butte-Rouge et des Vaux Germains, réalisée pour Hauts-de-Seine Habitat, a précisément cherché à identifier les éléments qui fondent cette valeur patrimoniale.
L’étude qualifie la Butte-Rouge d’« exemple unique en Europe d’une cité-jardin dont la construction s’est déroulée sur plus de trente années », présentant à la fois des qualités paysagères, urbaines et architecturales et donnant une « forte impression d’unité ».

Source : Géoportail IGN 2024
La butte-rouge est située au nord de la division Leclerc, zone entourée en rouge et au sud de la division Leclerc (trait rouge)
Une cité-jardin pensée comme un ensemble

Source : Étude du patrimoine bâti, urbain et paysager de la cité-jardin de la Butte-Rouge et des Vaux Germains, BDAP, 2015, p. 21
« Carte chronologique des constructions ».
La construction de la Butte Rouge s’est déroulée sur plus de trente ans, de 1931 à 1965.
Sept grandes tranches de construction se sont ainsi succédé. Cette longue période aurait pu produire un ensemble disparate. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit.
L’étude de 2015 montre que les différentes périodes de construction présentent une diversité architecturale et morphologique tout en conservant une cohérence d’ensemble aisément lisible.
La Butte Rouge apparaît ainsi comme une véritable « pièce urbaine », avec une identité propre.
Les différentes tranches ne doivent donc pas être considérées comme des opérations indépendantes. Elles participent à une même histoire urbaine et entretiennent des relations entre elles.
Un patrimoine urbain profondément lié au site

La valeur patrimoniale de la Butte Rouge ne se limite pas à ses bâtiments.
La cité-jardin a été conçue dans un site particulier, marqué par le relief, les espaces boisés et la proximité de la forêt.
L’implantation des bâtiments et le tracé des rues tiennent compte de la topographie. Dans certaines parties, les immeubles s’insèrent dans la pente ou entre les arbres existants.
La première tranche illustre particulièrement cette relation au site : la morphologie générale est adaptée à la topographie et les rues suivent les courbes de niveau. L’étude identifie également deux axes structurants, l’un urbain et l’autre paysager.
Cette relation entre le bâti, le relief et le paysage contribue fortement à l’identité de la cité-jardin.
Une architecture diverse, mais cohérente

La Butte Rouge ne possède pas une architecture uniforme.
Au contraire, l’étude de 2015 met en évidence une grande diversité de morphologies et de typologies architecturales, liée notamment aux différentes périodes de construction.
Cette diversité se retrouve dans les volumes, les implantations, les façades, les entrées et les détails architecturaux.
Certaines constructions présentent des jeux de volumes particulièrement travaillés : retraits, balcons, redents, variations des ouvertures, traitements des angles ou encore bâtiments disposés en relation avec les espaces végétalisés.
La demi-lune, construite dans la tranche IV, constitue notamment un élément architectural remarquable et une charnière entre plusieurs périodes de développement de la cité.
Une architecture attentive à la qualité des logements
La valeur patrimoniale de la Butte Rouge se retrouve également dans la conception même des logements.
L’étude relève notamment la faible largeur de certains immeubles, la double orientation de nombreux logements et la qualité de leur éclairement naturel.
Elle souligne également certains dispositifs permettant l’éclairage naturel des parties communes et des pièces d’eau.
Ces caractéristiques ne relèvent pas uniquement de l’esthétique architecturale.
Elles témoignent d’une conception du logement social attentive à la lumière, aux orientations et aux relations entre les logements et leur environnement.
Le patrimoine de la Butte Rouge est donc aussi celui d’une conception ambitieuse du logement social.
C’est l’ensemble de la Butte Rouge qui porte la valeur patrimoniale

C’est probablement l’enseignement le plus important de l’étude de 2015.
La valeur patrimoniale de la Butte Rouge ne repose pas seulement sur quelques bâtiments remarquables.
L’étude considère la cité-jardin comme un quartier possédant une identité propre, liée à son histoire, à sa morphologie urbaine, à son architecture, à son paysage et à ses usages.
Elle formule très clairement cette conclusion :
« c’est avant tout l’entité “Butte-Rouge” en tant que quartier qui porte une valeur patrimoniale ».
Le diagnostic comporte précisément une carte distinguant les qualités paysagères et urbaines hautes, moyennes et faibles, ainsi que les axes structurants.
Une cohérence qui traverse les différentes époques
La Butte Rouge a évolué pendant plus de trente ans.
Les architectes ont adapté leurs projets aux évolutions de leur époque, aux nouvelles conceptions du logement et aux contraintes du site. Les formes urbaines et architecturales diffèrent donc d’une tranche à l’autre.
Pour autant, l’étude met en évidence une forte impression d’unité.
Cette unité ne signifie pas uniformité.
Elle résulte plutôt de relations entre les bâtiments, les espaces libres, les rues, les places, les perspectives et le paysage.
Un patrimoine reconnu et étudié
La valeur patrimoniale de la Butte Rouge n’est pas une appréciation apparue récemment.
L’étude de 2015 rappelle que la cité-jardin a reçu du ministère de la Culture le label Patrimoine du XXe siècle en 1990 et qu’elle est inscrite depuis 1991 à l’Inventaire général du patrimoine culturel d’Île-de-France.
Elle rappelle également l’existence de nombreux travaux antérieurs consacrés à la cité-jardin, notamment des publications et études sur son architecture, son urbanisme, son paysage et son histoire.
L’étude de 2015 constitue elle-même un travail particulièrement approfondi : recherches documentaires, consultation des archives, analyse de nombreux plans et photographies, visites de terrain et entretiens avec des architectes, des responsables des espaces verts, des gardiens et des habitants.
Préserver un patrimoine exceptionnel
La Butte Rouge est ainsi le témoignage d’une conception ambitieuse du logement social et de la ville.
Sa valeur ne tient pas à un bâtiment isolé, ni même à une période particulière de construction.
Elle résulte de la relation entre le site, le paysage, le plan urbain, l’architecture et la manière d’habiter.
Près d’un siècle après les premières constructions, cette cohérence demeure lisible.
Préserver la Butte Rouge ne signifie donc pas refuser toute évolution.
C’est faire évoluer la cité-jardin en connaissant sa valeur, en respectant son identité et en transmettant ce patrimoine exceptionnel aux générations futures.
Et le Site patrimonial remarquable ?
La création d’un Site patrimonial remarquable (SPR) constitue une reconnaissance importante de la valeur patrimoniale de la Butte Rouge.
Mais l’étude de 2015 invite surtout à considérer la cité-jardin dans sa globalité : son architecture, son urbanisme et son paysage forment un ensemble cohérent.
La question de l’étendue et du niveau de protection de ce patrimoine mérite donc d’être examinée.
Elle fera l’objet d’un article spécifique.
Source :
Étude du patrimoine bâti, urbain et paysager de la cité-jardin de la Butte-Rouge et des Vaux Germains, Hauts-de-Seine Habitat / SEM 92, 2015.

