Depuis près d’un siècle, la Butte Rouge démontre qu’il est possible d’offrir un logement social de qualité dans un cadre exceptionnel.
La cité-jardin n’a pas été conçue comme une simple succession de logements. Elle associe habitat, espaces verts, équipements et qualité du cadre de vie dans un projet urbain cohérent.
L’étude du patrimoine bâti, urbain et paysager réalisée en 2015 permet de comprendre les qualités particulières de cette conception et ce qu’elle représente encore aujourd’hui.
Un projet social dès l’origine
Au début du XXe siècle, le logement est une question sociale majeure.
À Paris, une partie importante de la population ouvrière et populaire vit alors dans des logements surpeuplés, mal éclairés et insuffisamment salubres. La croissance rapide de la population et l’industrialisation ont aggravé les difficultés de logement, tandis que les pouvoirs publics commencent à rechercher de nouvelles réponses.
C’est dans ce contexte qu’est adoptée, le 23 décembre 1912, la loi Bonnevay, qui marque une étape importante dans la mise en place d’une politique publique en faveur des habitations à bon marché (HBM).
L’objectif est de permettre la construction de logements destinés aux populations modestes dans de meilleures conditions que celles offertes par une partie du parc existant.
Cette évolution accompagne un changement de conception : il ne s’agit plus seulement de construire des logements en nombre, mais de réfléchir à la qualité de l’habitat et aux conditions de vie des habitants.
De l’HBM à la cité-jardin
Cette réflexion va progressivement conduire au développement des cités-jardins.
En France, Henri Sellier joue un rôle majeur dans cette évolution. Administrateur et acteur du logement social, il s’intéresse aux expériences menées en Angleterre et en Europe et cherche à en adapter les principes aux besoins de la région parisienne.
Le diagnostic patrimonial de 2015 rappelle notamment l’importance accordée par Henri Sellier aux conditions dans lesquelles les nouveaux logements doivent être implantés. Il demande aux architectes de tenir compte « à la fois des conditions topographiques des terrains, de l’orientation, des règles d’esthétique », afin de rechercher la meilleure utilisation possible des terrains constructibles.
Cette approche est essentielle pour comprendre ce qui sera réalisé quelques années plus tard à la Butte Rouge.
La cité-jardin ne sera pas conçue comme une simple accumulation d’immeubles.
Elle cherchera à associer logement, lumière, espaces verts, équipements et qualité du cadre de vie.

La Butte Rouge, une réponse ambitieuse à la crise du logement
Lorsque le projet de la Butte Rouge est élaboré à la fin des années 1920, la question du logement reste particulièrement urgente.
Le document de 2015 rappelle que le projet initial est modifié en 1928-1930, dans un contexte où il faut apporter une réponse rapide à la crise du logement. Le projet évolue alors vers la construction d’immeubles collectifs, tout en conservant une organisation urbaine fondée sur les voies courbes, les espaces ouverts et les jardins.
Les premières constructions de la Butte Rouge commencent en 1931.
Dès l’origine, l’ambition dépasse donc la seule production de logements.
Il s’agit de créer un véritable quartier, dans lequel la qualité des logements est associée à celle de leur environnement.
C’est cette ambition qui explique encore aujourd’hui la singularité de la Butte Rouge.
Des logements conçus pour apporter lumière et air
La qualité des logements constitue l’un des aspects importants de la conception de la Butte Rouge.
L’étude patrimoniale de 2015 relève notamment la faible largeur de certains immeubles, la double orientation de nombreux logements et la qualité de leur éclairement naturel.
Ces caractéristiques favorisent également une relation étroite entre les logements et leur environnement.
Elles témoignent d’une conception du logement social attentive à la lumière, aux orientations et aux conditions de vie des habitants.
Des logements intégrés dans un environnement exceptionnel
À la Butte Rouge, le logement n’est jamais complètement séparé de son environnement.
Les immeubles sont implantés au milieu des jardins, des pelouses et des arbres. Les espaces extérieurs participent à la conception de la cité-jardin et contribuent directement à la qualité du cadre de vie.
Le diagnostic environnemental décrit ainsi les arbres, les pelouses et les jardins comme des parties constituantes de la Butte Rouge, à l’image d’un parc.
Les habitants ne vivent donc pas simplement dans un immeuble : ils vivent dans un quartier largement ouvert sur la nature.
Une cité-jardin à taille humaine
La Butte Rouge a été conçue comme un quartier et non comme une simple addition de logements.
Les équipements, les écoles, les commerces, les espaces collectifs et les cheminements ont progressivement accompagné le développement de la cité.
Cette organisation contribue à une échelle urbaine particulière, dans laquelle l’habitat collectif est associé à des espaces extérieurs largement végétalisés.
C’est cette combinaison entre habitat collectif et environnement à taille humaine qui constitue l’une des grandes originalités du modèle.
Un patrimoine habité
La Butte Rouge n’est pas un patrimoine destiné à être contemplé comme un monument. C’est un patrimoine habité, utilisé et vécu quotidiennement.
Le diagnostic patrimonial de 2015 parle à ce propos de « la cité-jardin : un espace patrimonial habité ».
L’étude considère les modalités et les conditions particulières de la fonction résidentielle comme des caractéristiques urbaines patrimoniales.
La qualité patrimoniale de la Butte Rouge est donc indissociable de sa vocation résidentielle.
Préserver la cité-jardin, c’est aussi préserver la possibilité d’y habiter.
Un modèle de logement social qui reste actuel
Près d’un siècle après les premières constructions, plusieurs principes de la Butte Rouge restent particulièrement actuels.
La recherche de logements bénéficiant de lumière et de ventilation naturelles, l’association étroite entre habitat et végétation, la présence d’espaces collectifs et d’équipements, ainsi que l’attention portée à la qualité du cadre de vie répondent à des préoccupations toujours présentes.
La Butte Rouge montre ainsi qu’un logement social peut être confortable, lumineux, bien ventilé, ouvert sur la nature et intégré à un véritable quartier.
Ce modèle mérite d’être regardé à l’heure où la question n’est plus seulement de construire davantage de logements, mais aussi de construire des logements de qualité et des quartiers où il fait bon vivre.
Réhabiliter plutôt que renoncer à cette qualité
La Butte Rouge a évidemment besoin d’évoluer. Certains logements doivent être rénovés, adaptés aux besoins actuels et améliorés sur le plan énergétique.
Mais améliorer les logements ne signifie pas nécessairement démolir les bâtiments qui les abritent.
Une réhabilitation peut permettre de conserver les qualités originelles des immeubles tout en améliorant leur confort et leurs performances.
À la Butte Rouge, certaines caractéristiques architecturales — bâtiments relativement étroits, logements traversants, orientations multiples, lumière naturelle — constituent précisément une partie de la qualité du parc existant.
Le défi est donc de réussir à améliorer le logement sans perdre les qualités qui ont fait sa valeur.
Préserver une certaine idée du logement social
La Butte Rouge raconte une histoire qui dépasse largement Châtenay-Malabry.
Elle montre qu’il est possible de concevoir du logement social comme un projet architectural, urbain et humain, et pas seulement comme une réponse quantitative à un besoin de logements.
Pendant des décennies, des milliers de familles ont vécu dans cette cité-jardin. Aujourd’hui encore, ses logements et son environnement témoignent de cette ambition.
Préserver la Butte Rouge, c’est donc aussi préserver une certaine idée du logement social : un logement accessible, de qualité, inscrit dans un environnement généreux et pensé à l’échelle du quartier.
SOURCES
BDAP, Étude du patrimoine bâti, urbain et paysager de la cité-jardin de la Butte-Rouge et des Vaux Germains, 2015, notamment la partie consacrée à « la cité-jardin : un espace patrimonial habité ».
Alisea, Diagnostic environnemental pour la réhabilitation de la Cité-Jardin de la Butte Rouge, avril 2020, notamment les éléments relatifs au cadre de vie et au patrimoine arboré.

